Défaillances d’entreprises de conciergerie : une opportunité ?

Lors de la mise à jour annuelle de la sélection des conciergeries, nous n’avons pu que constater de nombreuses défaillances d’entreprises. Les années 2020, 2021 et 2022 sont les années noires du secteur de la conciergerie privée. Une mauvaise nouvelle pour tout le monde ?

Ce qui nous étonne le plus, c’est la fermeture pure et simple des sites internet. Nous constatons à travers nos statistiques que les demandes continuent d’abonder envers ces entreprises défuntes. Qui répond à ces demandes ? Les deux tiers des entreprises ont fait l’objet d’un processus de liquidation judiciaire avant la fermeture définitive et les administrateurs n’ont pas du manquer de valoriser les actifs et tenter la reprise. Mais ces demandes qui tombent dans le vide à cause de tous ces sites fermés, n’est-ce pas simplement de la valeur détruite ? Un site web n’est-il pas assez tangible pour être considéré comme un actif sur lequel capitaliser ?

En France, il n’existe même pas de place de marché publique pour permettre aux autres acteurs du marché de prendre connaissance de la fermeture imminente de ces sites et l’état permet simplement de casser le pont entre la demande et l’offre sans chercher à consolider les autres canaux.

Qui a fermé récemment ?

Cap locatif, SLT Services, UUU (!), Rêvexo-C… ils ont tous fermé, pour plus de la moitié suite à des liquidations, rarement suite à de simples cessations. Ce qui signifie qu’il y a bien eu l’intervention de liquidateurs. Pourtant, tous les sites sont « Erreur 404 ». Cherchez l’erreur…

Pour ceux qui restent sur le marché, la fermeture du compétiteur est parfois perçu comme une chance : à demande constante, une diminution du nombre d’acteurs ne peut qu’augmenter la part des acteurs restants, n’est-ce pas ? Ce n’est pas tout à fait comme ça que ça fonctionne depuis qu’Internet a digitalisé la plupart des secteurs. Quand une entreprise construit son site Internet, plus ou moins volontairement elle met en place un Wording, un ensemble sémantique qui façonne l’offre et surtout indirectement la demande de plusieurs façons. D’abord parce que les utilisateurs recherchent leurs services en passant par les moteurs de recherche et que ces derniers, notamment Google, via son moteur « Google Suggest », réoriente la rédaction des demandes avec sa série de suggestions de requêtes. Cette orientation n’est pas que basée sur les autres requêtes similaires : le formatage sémantique du côté des moteurs de recherche s’appuie sur l’offre et la façon dont elle rédige sémantiquement ses offres de services. Or, chaque entreprise a son ethos propre, une sorte d’idiosyncrasie professionnelle qui façonne l’identité de l’entreprise et traverse l’écran jusqu’à façonner la façon dont la demande s’exprime. Fermer purement et simplement un site Internet, c’est casser la continuité relativement fluide d’adaptation de la demande à l’offre. Quand un site disparaît, c’est une certaine façon de demander un service qui disparaît avec et donc une clientèle qui se perd dans l’abîme du web sans que personne n’en profite réellement, sans que le marché ne puisse s’en nourrir. Pour être clair, c’est une pure perte.

L’autre point qui devrait compter davantage est l’ancienneté. Les moteurs de recherche les plus populaires ne sont pas basés en France, comme chacun sait. Nous n’avons pas la main sur la façon dont ils peuvent servir notre économie nationale. Mais lorsqu’un site web s’est placé sur des requêtes ou simplement lorsqu’il a enregistré un historique de présence en ligne, sa valeur monte parce que son indice de confiance augmente au niveau technique. Plus un site est longtemps en ligne, plus il est modifié dans le temps pour s’adapter aux demandes, plus il est perçu comme pertinent. Or, un entrepreneur qui souhaite se lancer aujourd’hui sur le marché de la conciergerie ou tout autre marché n’a rarement beaucoup d’autres choix que de partir à zéro et espérer qu’il va trouver la bonne sémantique pour trouver la meilleure adéquation possible entre son wording propre et la façon dont les prospects se manifestent via les moteurs de recherche. Ou ou pire racheter un site déjà existant, le plus souvent à prix d’or. L’état ne semble pas avoir compris la destruction de valeur à laquelle il participe quand il prive ainsi les entrepreneurs, notamment les jeunes entrepreneurs, de capitaliser sur les échecs des entreprises qui l’ont précédé sur son marché. La grande rupture qu’est la liquidation judiciaire est déjà souvent violente pour les personnes qui vivaient ou espéraient vivre de l’activité de leur entreprise, mais elle contribue à une violence plus sourde qui consiste pour l’état à ne pas accompagner techniquement et intelligemment la mise en ligne d’une nouvelle entreprise en le privant d’un asset qu’elle a tout simplement détruit sans comprendre sa valeur.

Si vous êtes proche de la rupture avec votre entreprise et que vous constatez vous aussi que tout votre plan de go to market est considéré comme nul et non avenu parce que vous allez déposer le bilan, ce n’est pas notre avis : vous devriez valoriser cet actif en faisant lire cet article à votre liquidateur si c’est trop tard, ou au minimum en publiant votre nom de domaine sur une place de marché des noms de domaine. Même si votre énergie à déployer dans cette entreprise a été totalement épuisée, c’est un dernier geste pour les prochains. Ou si vous êtes dans un cas analogue et que vous souhaitez vendre ou offrir votre site, vous pouvez publier un commentaire ici pour laisser savoir aux entrepreneurs qu’il y a une grande opportunité à saisir : celle de partir avec un historique de relations entreprise-prospects. Une liquidation judiciaire ou une fermeture ne dévalorisent en rien l’actif digital dès lors qu’un changement de nom intervient pour gommer les erreurs.

Mon entreprise n’a pas du tout le même nom que le domaine qui va fermer : est-ce intéressant quand même ?

Ce n’est pas le nom qui vous intéresse mais l’historique. Il y a plusieurs façons de capitaliser sur l’historique d’une société défunte. Récupérer ses analytics, le contenu du site, son logo, des droits, opérer une redirection ou un lien vers le nouveau site, racheter l’entreprise juste avant qu’elle ne ferme une fois que les autres actifs ont été liquidés pour présenter l’argument : « l’entreprise xxx a été achetée par yyy », qui permet aussi à celui qui quitte le marché de se dire qu’il a vendu son entreprise, en entier ou en partie, afin de limiter le sentiment d’échec. Et il est vrai qu’un entrepreneur qui se place en cessation de paiement peut valoriser sa sortie de marché avec cette attitude de préservation d’actifs pour les suivants.

Qu’est-ce qui se passe quand on ne récupère pas un site web ?

La plupart du temps, des domainers étrangers vont récupérer le site durant un temps soit pour essayer de le revendre parce qu’ils comprennent le raisonnement ci-dessus et connaissent la valeur d’un site. Soit ils vont utiliser son historique pour générer du « content-spinning » en proxémie de la version antérieure pour générer des liens externes au profit d’entreprises digitales qui cherchent à faire monter le « pagerank », ancienne version de la notoriété d’un site en fonction du nombre de liens entrants. Bref, un concierge français qui ferme son site internet, c’est le plus souvnet un américain qui prospère sur la valeur au dépens directs de l’entrepreneur qui créé une nouvelle enseigne. On est déjà suffisamment dépendant de la technologie étrangère pour se payer le luxe de fermer nos propres entreprises avec perte et fracas en jetant des pierres sur les vitrines numériques des entrepreneurs en difficulté.

Conséquences secondaires :

Si on appelle Internet « le web« , c’est pour bien rappeler l’interconnexion entre les divers espaces http. Un site internet est toujours, d’une façon ou une autre, connecté à d’autres sites. Qu’est-ce qui se passe quand on ferme sauvagement un site internet ? on génère une multitudes d’erreurs 404 sur une multitude d’autres sites WEB, on brûle la toile sans regarder jusqu’au ira la flamme. Ce qui est sûr, c’est que d’autres sites internet français seront affectés par cette perte de contact, cette discontinuité introduite volontairement mais peu consciemment. Car le problème est bien ici : ceux qui « dirigent » les entrepreneurs vers la sortie de leur marché n’ont que très rarement la compétence pour valoriser l’actif numérique, et en général aucune compétence technique pour limiter les conséquences et dans l’immense majorité des cas aucune compétence pour permettre à d’autres entrepreneurs de se saisir de l’opportunité potentielle de récupérer l’historique Internet d’un acteur du marché.

Nous venons de « nettoyer » les traces de ces morts entrepreneuriales en effectuant des suppressions de liens sans être en mesure d’effectuer les redirections vers les nouveaux sites qui pourtant, presque toujours, ne manquent pas de réapparaître lorsqu’un entrepreneur nouveau tente sa chance. En France, ce n’est pas vraiment au web auquel on participe, ce sont des bouts de toile qu’on arrache ou qu’on gère au doigt mouillé. Mais savez-vous combien de temps il faut pour créer un champ sémantique complet sur un site internet pour faire correspondre l’immensité lexicale de l’expression des demandes avec le wording d’une entreprise ? c’est au moins 10 ans de travail, de data mining, la création de centaines de pages et d’itérations pour chercher les correspondances en « exact match » comme savent très bien le faire les américains. Au bout de 10 ans, vous pouvez espérer une couverture sémantique totale de votre marché, mais sans pouvoir capitaliser sur l’historique des entrepreneurs, c’est extrêmement coûteux et au final seules les très grandes entreprises peuvent déployer de tels sites Internet, faire rédiger du contenu et aspirer les vastes champs sémantiques des petits concurrents. Privant ainsi tout nouvel entrepreneur de ce qui faisait jadis l’essence du web : une chance pour chacun avec peu de moyens de créer une identité numérique, générer une visibilité et trouver des clients. L’inflation que cela créé sur les espaces numériques se dirige directement contre les intérêts primaires des créateurs de PME. Et c’est l’opportunité numérique dans son ensemble qui s’éloigne des jeunes entrepreneurs.

Heureusement, il nous reste la sémantique surannée qui permet de signaler courtoisement à un entrepreneur qu’on le place en « redressement judiciaire » pour ne pas avoir à lui expliquer yeux dans les yeux qu’on va le tordre, l’essorer et tout jeter. Nous voilà rassurés.


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